melanie« Ainsi, tu veux écrire pour conjurer ton mal, tous tes maux. La colère est mauvaise conseillère ! Tu n’en as pas marre d’être encore en rogne à ton âge ? Je vous observe depuis mon banc, et même si je ne dis rien, n’ayant de toute façon personne à qui parler, je n’en pense pas moins. ! Après vous être persuadés intellectuellement que l’indignation est signe de perpétuelle jeunesse et de santé d’esprit, voilà que vous vous convainquez aujourd’hui collectivement qu’elle est aussi une manifestation exacerbée de l’intelligence, une prise de conscience dont vous vous gargarisez à pleine voix, où dans ce monde terne à ne surtout pas déranger, les mots suffisent aux actes. Tu me fais bien rire ! Les colères de la jeunesse ne sont pas celles de la maturité. Avec celle-ci, l’enthousiasme se fait moins assassin, il perd de son radicalisme, les armes s’émoussent, on est moins enclin à les prendre si facilement à plein Verbe pour changer l’ordre établi, ni à recevoir pour cela une balle en plein cœur. L’héroïsme s’étrique, se fait plus regardant, devient prudent, la tempérance le gonfle cependant toujours de la même prétention. Bref, il aoûte comme l’on disait autrefois, mais il se fait plus raisonnable, presque chichiteur. Il veut savoir où cette rage le mènera, puisque la maturité marque aussi le butoir des rêves. Il y a ceux qui sont plausibles et ceux qui ne le sont pas, irréalisables dit-on et qui nous autorisent à asséner aux enfants, nos sentences ridicules comme autant de sagesse : ma fille, mon fils, cesse de rêver. La vie ne le permet pas… »

Mélanie Talcott est tombée dans les livres dès l'enfance. Pour elle, écrire n'est pas le besoin d'être reconnue, mais celui de dire l'Autre, tous les autres, comme l'illustre cet extrait d'Alzheimer... même toi, on t 'oubliera. Dire l'envers du décor de vies ordinaires qui se croisent, se cherchent, se trouvent ou au contraire, se perdent. Pour elle, écrire est d'abord bousculer les idées toutes faites, faire sortir les non-dits de l'ombre. Un livre n'est pas fait pour conforter, mais pour égratigner, grandir, rire, pleurer, rêver, blesser, bouleverser, déranger. Avant tout, cela suppose pour elle d'être capable de se remettre en question, de bousculer ses conforts et routines. C'est ainsi qu'elle a vécu récemment cinq ans en Inde, ce qui a donné lieu à Goodbye Gandhi, couronné par le prix du jury du Polar autoédité en 2016. C'est dans l'Aude où elle vit depuis 2012 qu'elle a écrit son dernier ouvrage : La démocratie est un sucre qui se dissout dans le pétrole.

Mélanie Talcott est également chroniqueuse pour son propre blog : www.lombreduregard.com, La cause Littéraire et Médiapart (blog participatif)

Bibliographie :

Les Microbes de Dieu, Edition L’ombre du Regard (Roman, 2011)

Alzheimer... Même toi, on t'oubliera (2012)

Chroniques de l’Ombre du Regard (2011-2012) - 2013

Ami de l’autre rive (Poésies, 2014)

Goodbye Gandhi (Roman, 2015 - Prix 2016 du Polar autoédité)

La démocratie est un sucre qui se dissout dans le pétrole (2016) (présenté au salon du ivre de Mazamet 2017)